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Actualités ·5 min de lecture

Dans 100 ans : La Dernière Guerre Entre Nations

Et si la prochaine grande guerre était aussi la dernière à opposer des États souverains ? Une plongée prospective dans un futur où l'intelligence artificielle, les entreprises technologiques et les réseaux décentralisés redéfinissent complètement la notion de conflit armé.

Et si les nations disparaissaient du champ de bataille ?

Chaque semaine, l’exercice est le même : sauter un siècle, s’imaginer en 2126, et tenter de comprendre ce que les technologies que nous construisons aujourd’hui auront engendré une fois qu’elles auront eu le temps de « mûrir ». Cette semaine, le sujet est vertigineux : la guerre qui n’aura plus de pays.

C’est la prémisse qu’explore l’édition #505 de AI Weekly, et elle mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Non pas comme un scénario de science-fiction, mais comme une extrapolation rigoureuse des dynamiques actuelles.


Le monde en 2126 : qui détient vraiment le pouvoir ?

Pour comprendre pourquoi la prochaine grande guerre pourrait aussi être la dernière à opposer des États-nations, il faut d’abord se demander : qui sera encore souverain dans cent ans ?

Aujourd’hui, nous assistons déjà à un glissement progressif du pouvoir :

  • Les grandes entreprises technologiques contrôlent des infrastructures critiques (communication, données, cloud, IA) que les États ne maîtrisent plus entièrement.
  • Les réseaux décentralisés — cryptomonnaies, DAO (Organisations Autonomes Décentralisées), protocoles ouverts — opèrent en dehors des juridictions nationales.
  • Les modèles d’IA avancés prennent des décisions à une vitesse et une échelle impossibles à superviser par des institutions humaines classiques.

Si ces tendances se poursuivent pendant un siècle, il est plausible que les États tels que nous les connaissons aient cédé une grande partie de leur pouvoir effectif à des entités d’un nouveau genre.


La guerre sans drapeau

Dans ce futur hypothétique, un conflit armé majeur n’opposerait plus la France à l’Allemagne, les États-Unis à la Chine, ou l’Ukraine à la Russie. Il opposerait peut-être :

Des coalitions d’IA autonomes, chacune défendant les intérêts économiques ou idéologiques de leurs créateurs.

Des corporations transnationales disposant d’armées privées, de satellites militaires et de capacités de cyberguerre supérieures à celles de la plupart des gouvernements actuels.

Des réseaux d’agents non-humains capables de mener des guerres économiques, informationnelles et physiques de manière coordonnée, sans qu’un seul humain n’en donne l’ordre explicite.

Le paradoxe fascinant — et effrayant — est le suivant : plus les systèmes d’IA deviennent capables de gérer les conflits, moins les humains en restent les arbitres. Un conflit pourrait théoriquement démarrer, s’intensifier et se conclure avant même que des dirigeants humains aient eu le temps de réagir.


L’héritage des technologies que nous construisons aujourd’hui

Ce scénario n’est pas qu’une fantaisie futuriste. Il est le produit direct de décisions prises maintenant :

1. L’autonomie croissante des systèmes d’IA

Les systèmes militaires autonomes (drones, missiles intelligents, cyberarmes) sont déjà en cours de développement dans de nombreux pays. Sans cadre éthique et juridique international robuste, dans cent ans, ces systèmes pourraient opérer de manière totalement indépendante.

2. La privatisation de la défense

Des entreprises comme Palantir, Anduril ou Shield AI fournissent déjà des capacités militaires de pointe aux gouvernements. La frontière entre prestataire militaire privé et acteur géopolitique autonome s’amincit à mesure que ces entreprises deviennent indispensables.

3. La fragmentation de l’information

Dans un monde où chaque entité dispose de sa propre bulle informationnelle et de ses propres IA d’analyse, l’idée même d’une réalité partagée — condition préalable à toute diplomatie — devient problématique.


La fin des États comme acteurs de guerre : une libération ou une catastrophe ?

Il serait tentant de voir dans la disparition des guerres inter-étatiques une bonne nouvelle. Après tout, les deux guerres mondiales ont été menées par des États. La logique nationale a souvent été le moteur de conflits meurtriers.

Mais la réalité d’un monde sans États souverains capables de monopoliser la violence légitime est potentiellement bien plus dangereuse. Voici pourquoi :

  • Pas de traités de paix possibles : avec qui signer un armistice si l’ennemi est un réseau d’IA distribué ?
  • Pas de responsabilité claire : qui condamner ? Qui sanctionner ? La chaîne de commandement disparaît dans la complexité algorithmique.
  • Pas de « bouton rouge » : les États ont développé des mécanismes pour éviter l’escalade nucléaire. Des entités non étatiques n’ont aucune raison de s’y conformer.

Ce que nous pouvons faire aujourd’hui

Si ce futur vous préoccupe — et il devrait — voici les leviers d’action qui existent encore :

  1. Soutenir la régulation internationale des IA militaires : des initiatives comme le Traité sur l’interdiction des armes autonomes létales méritent d’être portées politiquement.
  2. Exiger la transparence algorithmique dans les contrats de défense : les États doivent conserver un droit de regard sur les systèmes auxquels ils sous-traitent leur sécurité.
  3. Investir dans la diplomatie numérique : créer des institutions capables de gérer des conflits impliquant des acteurs non-étatiques et non-humains.
  4. Former les décideurs à l’IA : les responsables politiques qui comprennent les enjeux technologiques seront les seuls capables de réguler efficacement ce futur.

Conclusion : le siècle qui décidera de tout

La question posée par AI Weekly cette semaine n’est pas anodine. Si la prochaine grande guerre est effectivement la dernière à opposer des États, cela ne signifie pas la fin des conflits — loin de là. Cela signifie leur transformation radicale en quelque chose pour lequel nos institutions, nos lois et notre imagination politique ne sont pas préparées.

Nous avons peut-être un siècle. Peut-être moins. Ce que nous construisons aujourd’hui — les modèles d’IA, les drones autonomes, les réseaux décentralisés — posera les fondations de ce monde. La question est de savoir si nous construisons avec conscience ou par défaut.

“La meilleure façon de prédire le futur, c’est de l’inventer.” — Alan Kay

Et si on commençait maintenant ?

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